I. La Valeur. 1

I.1....... L’information comme support de valeur. 2

I.2        La valeur sous sa forme  relative : la qualité d’information.. 2

I.3        Calculs théoriques sur les valeurs.. 2

I.4....... Calcul sur les prix.. 3

II...................... Conséquences en terme de Survaleur.. 4

II.1       Processus de création de survaleur. 4

II.2       Calcul théorique de la survaleur.. 5

II.3...... Taux de survaleur.. 6

III.. Information et taux de profit.. 6

III.1...... Calcul théorique.. 6

III.2...... Synthèse partielle.. 8

III.3...... Conséquences sociétales.. 8

IV.. probleme de l’évaluation de la qualité d’information.. 9

V... Problemes posés par la valeur comme qualité d’information.. 10

V.1..... La conception comme part prise à partir de la survaleur de fabrication.. 10

V.2..... Le rôle des inputs.. 10

V.3..... Taux de profit unique.. 11

V.4..... La part fictionnelle.. 11

VI.. Conclusion.. 12

Incidence de la Valeur d’information :
les conséquences d’une évolution technologique
.

 

 

Pascal FOURVEL

 

08 décembre 2001

 

 

 

Les transformations techniques du travail auxquelles nous assistons nous conduisent à redéfinir certains concepts. Le capitalisme de type tayloriste fait place à un nouveau type de mode de production, où la place de la machine sur le travail humain devient sans cesse croissante. L’informatique, la robotique, remplace la main vivante de l’homme. Les produits eux-mêmes présentent une part croissante de technique dans leur objet même. Jusqu’aux produits informatiques (logiciels) dont l’usage n’a plus que son aspect abstrait.

 

Ce qui réunit ces différentes modifications est l’information. La question posée est alors l’influence de ces modifications sur la valeur même des produits, ainsi que sur le processus de création de survaleur.

 

                                                                                                           

 

I.     La Valeur.

Classiquement, par delà les valeurs d’échange d’une part, qui correspond au prix, et d’usage d’autre part, comme soutien matériel de  la première,[1] la valeur au sens marxiste se mesure par une quantité de travail, par la quantité de travail totale incluse dans la fabrication du produit.

 

Ce qui était vrai au dix-neuvième siècle a aujourd’hui été modifié par les technologies nouvelles permettant d’intégrer du travail intellectuel. La valeur d’échange n’a pas été modifiée, toujours traduite sous forme monétaire, quel que soit son support, par contre la valeur d’usage s’est étendue aux objets immatériels, c’est-à-dire que le substrat est matériel et immatériel. Mais la modification majeure se situe au niveau de la valeur, qui ne peut plus seulement être considérée comme cristallisation d’un temps de travail.

 

I.1     L’information comme support de valeur.

En effet, qu’en est-il de la conception d’objets, pour lesquels le travail, réalisé une fois, est inclus dans les objets fabriqués indépendamment du processus même de la fabrication ?

 

Par exemple, un logiciel, ou bien un livre, ou tout autre objet dont le contenu est indépendant de sa fabrication même (un livre qui contient des lettres écrites au hasard, ou des recettes de cuisine, ou une nouvelle de Borges, sont issus du même processus de fabrication), quelle valeur est issue de la conception même ?

 

Est-ce mesurable en terme de temps de travail ? En quantité de travail ?

 

Soit deux concepteurs. L’un cherche des années avec de maigres résultats qui demeurent inapplicables, l’autre trouve rapidement un produit nouveau et socialement utile. Le produit finit intègre une valeur, mais est-ce du temps de travail ? même en considérant la formation comme du temps de travail nécessaire à l’usage du concepteur, la même formation peut mener ... à l’échec comme à la réussite. La valeur comme temps de travail trouve ici une limite. Ce qui est applicable dans le production ne l’est plus dans des domaines où le cerveau de l’homme agit davantage que sa main, le temps du cerveau étant lui-même non linéaire, discret, inquantifiable, en un mot relatif.

 

 

I.2     La valeur sous sa forme  relative : la qualité d’information

Nous envisagerons ici l’idée qu’au delà de la valeur en terme de quantité de travail, dont l’existence est certaine (celle obtenue par la fabrication du livre en tant qu’objet), il existe une valeur issue de la « qualité d’information ». Dans ce cas, la valeur  créée à partir du travail abstrait (mettons la conception d’un livre, ou d’un logiciel), peut être bien plus importante que celle créée à partir de la fabrication elle-même.

 

Il y a alors deux valeurs différentes, qui se traduisent dans le même terme d’échange (l’argent), mais qui sont de deux ordres différents. L’un, correspondant à la définition que donna Marx de la valeur[2],  quantité de travail, qui se mesure par le temps, et l’autre, qualité d’information, la dernière prenant progressivement place sur l’autre. En terme de temps, la première est absolue, mesurable, la seconde est relative, inquantifiable.

 

Dans le cas de produits incluant la technologie, la valeur incluse dans le produit est alors une « quanlité de travail », intégrant à le fois quantité de travail et qualité d’information, résultat des processus de travail réel d’une part, et informationnel de l’autre.

 

 

I.3     Calculs théoriques sur les valeurs

 

Pour une transformation pure, la valeur est donnée par :

 

 ;

 

LR est la valeur de l’unité de biens, et aR  la quantité de biens entrant dans cette unités de biens et LR la quantité de travail nécessaire à la fabrication de l’unité de biens.

 

Pour plusieurs biens, par bien i, on obtient :

 

 .

 

Dans le cas d’un produit conceptuel pur, si nous prenons pour valeur imaginaire LI, travail imaginaire réalisé, inscrit dans le produit comme qualité d’information, chaque entité du produit voit une part de la valeur totale créée transférée :

 

à chaque entité K du produit i est ajoutée la valeur :

 

 ;

 

tK est le coefficient de transfert de valeur du concept à l’entité K (tKi<1).

 

 

La question de connaître comment est transféré la valeur du concept, et quelle est cette valeur, reste encore en suspens.

 

Dans les cas hybrides, on peut avoir de même des transferts, selon le cas :

 

*   Si on intègre un bien (support), pour le produit K on a :

 

 ;

 

*   Si la transformation intègre la conception :

 

Si, pour la production des entités matérielles, on utilise une quantité d’un concept P, et une quantité  d’un bien matériel, pour chaque produit K, on a :

 

 ;

Si on admet que dans la vie du produit tKi est constant, on a alors pour chaque bien i, à nombre d’entités Ni, les inputs étant calculés par unité du produit :

 

 .

 

 

I.4     Calcul sur les prix

 

Par delà la valeur, il est aussi possible de faire le calcul à partir des prix.

 

Pour une transformation pure à un bien, on a :

 

 ;

 

LRw est le salaire payé pour le travail LR, qui correspond à la quantité de travail socialement nécessaire à sa conservation/répétition.

 

sR  survaleur produite par le travail réalisé, différence entre la quantité de travail effectué et celle nécessaire à sa conservation/répétition.

 

Pour différents biens, on a par bien i :

 

On ne fait pas l’hypothèse d’une survaleur sRi constante, ni d’un taux de profit identique pour tous les biens i.

 

Pour une conception pure, un produit K, on a :

 

prix (K) = tK.Prix (concept). = tK.P;

 

avec PI = P(LIA)=LI.w + sI ;

 

L: temps de travail réellement fourni pour la réalisation da la valeur LIA.

: salaire payé par unité de travail

 

Il faut remarquer ici que LIA ne peut pas à proprement parler s’exprimer en temps de travail directement. Le décalage entre le temps de travail réel et la valeur ajoutée s’exprima au travers de sI.

 

Pour une entité K, on a donc :

 

 ;

 

Sur une somme de produits N :

 

 ;

 

or la travail réellement payé est LIw.

 

 ;

 

 : salaire payé (capital variable investi) ;

 : survaleur différée lorsque , c’est à dire à partir du moment où la valeur comme qualité d’information est transférée intégralement au produit sous la forme de ses entités.

 

 : survaleur réalisée sur les salaires.

 

Dans ce cas, même si sI = 0, une survaleur peut être réalisée par l’intermédiaire du rapport entre le nombre d’entités vendues et le coefficient de transfert.

 

                                                                                                             

 

II.     Conséquences en terme de Survaleur

Classiquement, différence entre le temps de travail fourni et le temps de travail socialement nécessaire à l’existence du travailleur, dont les conditions se modifient à travers les rapports de force, la survaleur ne peut être que le fruit du vivant.

 

Cependant, cette définition ne fait intervenir que le travail effectué directement par le travailleur. Quelle est la conséquence en terme de survaleur de l’introduction de l’information dans le processus de production. Comment la valeur relative peut-elle permettre de créer de la survaleur ?

 

II.1     Processus de création de survaleur.

Dans le cas informationnel, ce n’est plus le travail en terme de temps qui est nécessaire, mais le résultat du, c’est-à-dire l’information incluse dans le produit lui-même. Dans ce cas, ce n’est pas le processus même du travail qui peut créer de la survaleur, mais son intégration dans le produit. La survaleur n’est plus assujettie au caractère immédiat du travail. Il y a alors distinction entre fabrication du produit et moment de la création originaire de la survaleur potentielle. En effet, l’emploi de la personne créatrice de survaleur n’est pas nécessaire. Elle le fut pour la création, mais non pour la fabrication concrète du produit, ni pour la réalisation financière de la survaleur elle-même.

 

En ce qui concerne la création possible de survaleur, celle-ci est d’autant plus possible. En effet, comme dans le cas classique, le capitaliste achète le travail d’une personne dont le prix, sous forme de salaire, est celui du temps du travail socialement nécessaire à son existence, à la fois en terme de temps de travail nécessaire à sa conservation, sa reproduction (habits, nourriture, etc.), mais également de la  qualité d’information  nécessaire à sa pleine efficacité (culture, loisirs, etc.).

 

La différence réside dans le caractère potentiel du travail acheté. Autant le capitaliste est sûr de la réalisation physique de la fabrication de ses produits par les ouvriers, autant il existe une inconnue dans la réalisation conceptuelle issue d’un cerveau. La tendance actuelle d’introduire des procédures à tous niveaux s’explique alors. Le capitaliste veut être sûr de ce qui sort des têtes qu’il a achetées. D’où recrutements serrés, informatisation généralisée, bureaux paysagers, etc. permettant notamment le contrôle du travail effectif. La nouvelle contradiction à laquelle se heurte le capital est celle de l’impossibilité d’un contrôle total des cerveaux de ses employés, quelles que soient les méthodes envisagées.

 

Un produit fabriqué donné intègre en lui deux types de survaleur. L’un correspond à sa fabrication physique, et est issue du travail de production lui-même, nous l’appellerons survaleur immédiate, l’autre correspond à la qualité d’information initialement incluse dans le produit, en dehors même de sa fabrication, nous l’appellerons survaleur différée.

 

 

II.2     Calcul théorique de la survaleur

Pour un bien i, dont la réalisation intègre la conception, on a alors :

 

 

 

avec :

      

 

 

Donc, pour une seule entité K du bien i, nous obtenons :

 

 

Pour une somme de produits dont la réalisation intègre la conception, on a alors:

 

 

             

Si on fait l’hypothèse de PK, LRK, sRK, et aRK, tK constants le long de la vie du produit, (ces derniers respectivement égaux à LRU, sRU, aRU et tU par entité unitaire de bien), on obtient alors, pour une somme de produits Ni du bien i :

 

 

On peut voir que seul le capital variable investi en terme d’information varie pas avec N. par conséquent, c’est lui qui permet d’avoir un taux maximal des plus-value lorsque le nombre N d’exemplaires devient important.

 

 

II.3     Taux de survaleur

 

Pour un produit donné incluant une survaleur s, et un capital variable v, le taux de survaleur classique, pour nous immédiate, est égale à [3]:

 

 indépendante de l’entité du produit (constante pour tout K), c’est-à-dire que nous supposons le taux d’exploitation constant pendant le production des produits.

 

D’où :

, on a donc  et (si toutes les conditions sont constantes) :

 

.

 

Pour la conception, la survaleur peut être divisée en deux termes :

qui est le taux de survaleur prise immédiatement sur le travail d’information

et

 

qui est la taux de survaleur différée sur la qualité d’information transmise aux entités.

 

 

 

                                                                                                             

III.     Information et taux de profit

Nous avons vu que l’introduction de l’information dans la survaleur, qui implique la séparation entre une survaleur immédiate et une survaleur différée, rompt en partie le lien existant entre la partie variable de capital investit et la survaleur.

 

III.1     Calcul théorique

Nous allons analyser ici ce que cela change en terme de taux de profit.

 

D’après Marx, la formule de calcul du taux de profit p’ peut être calculée ainsi :

 

Qui est la formule du livre III chap. 3 du Capital.

Avec : s (au lieu de pl) survaleur réalisée, s’ taux de survaleur, v capital variable, et c capital constant.

 

D’après le chapitre précédent, l’équation devient alors :

 

 

 

Il n’y a plus de relation simple entre la taux de profit et la part de capital variable par rapport au capital constant. La loi de baisse tendancielle du taux de profit ne peut alors plus être déduite de l’augmentation relative du capital constant.

 

Remarquons que lorsque LI tend vers 0, nous retrouvons l’équation marxiste normale de l’économie capitaliste classique de transformation avec :

 

 

Dans l’ypothèse où le taux de profit r tend vers une valeur moyenne, la croissance due à l’incorporation de l’information oblige les capitalistes traditionnels, pour conserver l’afflux de capitaux, à augmenter considérablement l’exploitation (s’R) et/ou à produire la proportion

 

, c’est à dire à diminuer les coûts en capital fixe par rapport à la valeur du travail inclus dans le produit. D’où l’augmentation considérable de pression du capital sur le travail, y compris par l’intermédiaire de la flexibilisation et des diminutions de salaire.

 

 


III.2     Synthèse partielle

Nous pouvons établir la synthèse suivante de notre proposition :

 

Type d’analyse

analyse

nouvelle version

marxiste
classique

part productive,
ou matérielle

part informationnelle,
ou immatérielle

synthèse

Origine de la valeur :

temps de travail

temps de travail réel

temps de travail imaginationnel[a]

temps de travail  complexe

Résultat du processus de création de la valeur :

Quantité de travail

quantité de transformation

qualité d’information

quanlité de travail

capital variable v

capital variable vR

capital variable vI

v=vR+vI

survaleur

s = s’v

survaleur de réalisation (immédiate)

sR=sR’ vR=sR’LRw

survaleur différée

 

pas de taux de survaleur simple

s’ : taux de survaleur

sR : taux de survaleur immédiate

sI :survaleur réalisée sur le travail d’information

tP :coefficient de transfert de la valeur d’information par produit P

taux de profit r

 

 

 

c’est-à-dire :

 

Il s’agit au fond d’une extension de l’analyse marxiste de la valeur qui prend en compte l’évolution du capitalisme lui-même dans son processus de création de survaleur. Le but, pour la capitaliste, est toujours le même, créer de l’argent à partir de l’argent, ce sont les moyens qui diffèrent.

 

 

III.3     Conséquences sociétales

Désormais, à la baisse tendancielle du taux de profit[4], il faut substituer celle de la baisse tendancielle du taux de survaleur immédiate. Cette loi sur le taux de profit, élément majeur  de l’idéologie marxiste, évoquant le caractère inéluctable de l’effondrement du capitalisme, est alors, pour le capitalisme contemporain, désuète. Rien n’est inéluctable, le sens de l’histoire n’existe que si des hommes se chargent de l’établir.

 

Comme il existe une part de survaleur indépendante du travail vivant, le capital variable peut alors diminuer sans que le taux de profit en soit affecté, à condition d’augmenter la part de survaleur différée face à la survaleur immédiate. Le chômage peut se répandre sans affecter outre mesure le taux de profit. Bill Gates a besoin de nombreux clients, certes, mais de peu de travailleurs, et de toute façon exploités de manière éphémère. L’informaticien créateur de logiciel peut se retrouver au chômage tandis que le résultat de son travail continue de contribuer à enrichir son ancien patron . La sphère de l’exploitation s’est étendue au non travail. Le néoprolétaire est non seulement l’ouvrier sur sa machine, mais également l’informaticien sur son ordinateur, ou bien le chômeur dans son abri éventuel.

 

Il ne faut pas oublier par ailleurs que la quantité de travail fournie lors de la conception est la même que le nombre de produits vendus soit grand ou faible, l’information contenue étant indépendante de la fabrication réelle, ce qui différencie fondamentalement le mode différé du mode immédiat. Cela semble favoriser deux tendances contradictoires. D’un côté, la fabrication massive d’objets bon marché où c’est la marque qui est achetée plus que le produit lui-même (exemple Nike)[b], ou au contraire, la fabrication de produits de haute technologie, rares et chers à haut niveau de conception (les automobiles). La synthèse est peut-être donnée par la vente de CD-ROM, qui allie les deux avantages, avec probablement un taux de profit record (voir les bénéfices réels de Microsoft serait révélateur de la tendance).

 

Dans tous les cas, la solution trouvée par les ultralibéraux à la baisse tendancielle du taux de profit, a pour conséquences la montée du chômage, aussi bien pour les concepteurs, dont le fruit du travail est plus rentable après qu’ils aient été licenciés, que pour les ouvriers producteurs de survaleur immédiate, remplacés soit par des machines entièrement robotisées, soit par des ouvriers-esclaves des pays périphériques.

 

Ceci explique également la tendance lourde à l’abstraction. Progressivement, le corps social autant que physique est évacué, refoulé dans des sphères considérées comme archaïques, tandis que les conditions de l’exploitation réelle s’aggravent, entraînant notamment les enfants dans la sphère de production la plus dure[5]. Les lieux de décision s’éloignent autant que possible de la production, dans les espaces éthérés des bureaux urbains, là où les grands financiers déterminent le sombre avenir de régions d’un réel qu’ils ignorent.

 

 

                                                                                                             

 

IV.     probleme de l’évaluation de la qualité d’information

La question de la quantification des taux est liée à celle de la distinction entre la survaleur immédiate et la survaleur différée.

 

En ce qui concerne l’établissement de l’intervention de vi et vd, le calcul peut simplement se baser sur l’intervention au niveau de la conception ou de la fabrication elle-même.

 

Par contre, en ce qui concerne l’évaluation de sd et si, l’évaluation est plus complexe, dans la mesure où la valeur d’échange, le prix produit hors intermédiaires, « cache » la distinction entre valeur

 

Dans certains cas, cela peut être clair, par exemple pour une automobile, où les prix sont déterminés par l’établissement à priori d’une certaine quantité de vente, et le ratio entre les investissements en conception et la quantité de vente prévue. La survaleur est alors prise sur chaque élément, lors de la vente. Mais la survaleur ne se réalise qu’à partir du moment où la somme réelle des véhicules vendus dépasse celle des investissements en conception. On peut dire d’une manière simplifiée, pour la survaleur réalisée :

 

par ailleurs,

 

 

cette dernière étant la somme des survaleurs immédiates réalisées.

 

Mais on voit qu’en fait il existe deux difficultés : pour les calculs a posteriori, dans les bilans, les deux sont mélangées dans un taux qui ne distingue pas l’une de l’autre ; par ailleurs, pour les calculs a priori, dans les simulations,  la part qualitative de la valeur est subjective, contrairement à la part quantitative. C’est ce qui en fait, pour le capitaliste, l’intérêt. Tant que le fabricant réussit à convaincre les acheteurs de la valeur du produit, la survaleur produite peut croître indéfiniment. D’où le rôle de la publicité : convaincre l’acheteur qu’il a bien un produit de haute valeur, et l’inciter à dépenser des sommes qui peuvent être considérables, comme produit non destiné au déplacement, mais à la valorisation sociale.

 

Il y a cependant un pari, celui que « ça marche ». Si ses véhicules ne se vendent pas, il ne peut plus réaliser la survaleur, et voit ses investissements engloutis. Il a intérêt à réaliser le plus rapidement possible le stade à partir duquel r devient positif, donc à réduire le plus possible la valeur de fabrication. A l’intérieur de la valeur de fabrication, il peut encore réaliser une survaleur, à condition que le coût de fabrication soit le plus faible possible,  que le nombre des produits en stock soit aussi réduit que possible, qu’il puisse convertir rapidement la fabrication d’un produit « raté », en un produit « réussi »,  qu’il puisse aussi réutiliser sa conception rapidement sans « surcoût », c’est-à-dire qu’il ait des travailleurs peu rémunérés, mais surtout aujourd’hui, parfaitement fléxibilisés, et un réservoir important de concepteurs jetables  : tout se tient.

 

Reste les produits moins « réels », comme le sont les logiciels. C’est alors leur usage potentiel qui détermine leur valeur. Comment est déterminé le prix d’un logiciel, par exemple chez Microsoft ? (quelle est la valeur du logiciel sur lequel nous posons la question de sa valeur ?) Au vu de la fortune de Bill Gates, le taux de survaleur est considérable. Son avantage est de bénéficier d’un quasi monopole international, qui le dispense de toute concurrence et lui autorise d’afficher ses prix. De plus, chaque modification, lui permet de récupérer de nouveaux profits, sans que celui lui coûte. Comme par ailleurs il bénéficie d’aides par universités interposées (par exemple Cambridge), qui se font un honneur de se laisser piller leur savoir faire, sa situation est radieuse ! La question est alors simplement de savoir jusqu’où les utilisateurs sont-ils prêts à aller.

 

Si effectivement les taux de survaleur ont tendance à s’aligner les uns par rapport aux autres, cela peut se faire par l’intermédiaire du design dans tous les rouages de la production. La valeur d’un produit sera davantage déterminée par ce qui y est introduit en tant que design, marketing, publicité, que ce qui y est introduit comme processus de transformation matérielle. Le consommateur n’achète plus un produit, mais une information intégrée dans le produit, que ce soit une image sociale, un rêve (par exemple le café, rêve de voyage), une marque qui le distingue, etc. Lorsque le publicité devient prépondérante, il tombe dans le piège de la séduction consumériste.

 

Pour nous, l’évaluation du taux de survaleur différée doit donc intégrer l’ensemble des données de production, de conception, de publicité, et de vente, sur la vie d’un produit, de sa conception à sa fin de parcours. A partir du taux de survaleur immédiate moyen, il est possible d’évaluer la valeur de fabrication, ce qui permet de faire la distinction entre sD et sR . Il faut remarquer ici que c’est la valeur, et non le coup de fabrication qui nous intéresse ici, dans la mesure où ce dernier élimine la part sR du processus de fabrication, il ne permet pas la distinction.

 

                                                                                                             

V.     Problemes posés par la valeur comme qualité d’information

De nombreuses mises en causes peuvent être opposées, dont, nous semble-t-il, deux majeures qui doivent être examinées dès à présent.

V.1     La conception comme part prise à partir de la survaleur de fabrication

Une critique fondamentale de cette conception pourrait être que la production reste le principal créateur de survaleur, la part de la conception ponctionnant au contraire la survaleur créée par le processus de production, plutôt que créant de la survaleur. Les économies réalisées dans la production auraient alors pour conséquence un investissement dans la conception, ce qui expliquerait la tendance actuelle au développement du chômage et à l’automatisation. Ce qui aboutirait donc à une explication marxiste  classique de l’évolution actuelle.

 

Au niveau des produits matériels de haute technologie, cette remarque semble effectivement valable. Est-ce la production automatisée des véhicules qui permet l’augmentation de la survaleur (dans ce cas immédiate) créée par les opérateurs dont le taux de survaleur devient très important, et se retrouve « ponctionnée » par la conception, ou au contraire l’information créée par la conception ajoute-t-elle une survaleur supplémentaire ? Là se situe tout l’enjeu de la distinction entre si et sv. Il est encore prématuré de répondre simplement à cette question.

 

Au niveau des produits informationnels, comme les logiciels, la réponse ne fait pas de doute. Ce n’est pas la fabrication matérielle du produit qui en fait l’enjeu principal. La valeur d’usage est immatérielle, l’aspect matériel de l’objet n’est que le support de son contenu immatériel, informationnel, et intègre de la qualité d’information. Comme nous l’avons vu, cette information ne peut être ramenée à une quantité de travail, même si du travail y est inclus à l’origine. Ce qui en fait toute sa spécificité est l’impossibilité de réduire ce travail à un temps. Il s’agit donc bien d’une nouvelle forme de la valeur, qui comme telle produit une nouvelle forme de survaleur.

 

V.2     Le rôle des inputs

Dans les différentes équations concernant à la fois la valeur et les prix, nous avons considéré que ces premières entraient entièrement dans le prix. Cela est vrai des matières concrètes, mais qu’en est-il des machines, des logiciels ?

 

Deux approches sont possibles :

 

*   Soit on considère qu’ils entrent dans la création de valeur, et apportent une valeur en soi. Dans ce cas une part de celle-ci est transférée du produit, comme dans le cas de a valeur informationnelle, et peut créer de la valeur différée.

*   Soit on considère qu’ils participent en tant que support de travail d’information, et entrent donc dans  le terme LIA, fait d’un travail accompli au niveau de la conception. Dans ce cas, en eux-mêmes, ils ne créent aucune valeur.

 

Nous optons pour la seconde hypothèse, dans la mesure où les instruments seule ne peuvent par leur propre usage créer une quelconque survaleur : l’ordinateur le plus puissant nécessite qu’une personne décide de le mettre en marche, lui envoie des données, et effectue sur lui, à partir de lui, un travail. La puissance de l’ordinateur permettra un meilleur rendement, c’est-à-dire un plus grand LIA à partir d’un même travail LI, mais ce n’est pas la valeur intrinsèque de l’ordinateur qui rée LIA, ni une partie de sa valeur qui se transmet à l’information contenue dans le produit. Dans ce sens, nous sommes  d’accord avec l’analyse marxiste qui veut que les machines ne créent pas en elles-mêmes de la valeur.

 

Par contre, la réflexion peut s’orienter vers le point de savoir s’il est possible que la valeur d’information se fasse d’un produit sur l’autre, étendant le domaine de transfert. Le modèle actuel ne prend pas en compte cet aspect (ainsi que les fluctuations de tK dans le temps), mais cela peut être envisagé, ce qui fait d’autant croître le taux de profit p’.

 

V.3     Taux de profit unique

Le capitalisme classique a pour résultat de faire tendre le taux de profit p’i vers un taux de profit unique r. On doit cependant introduire deux termes, rR et fI, respectivement taux de profit réel et facteur informationnel, étant donné que la nature différente des deux termes de profit :

 

avec :   ;

 

Pour des coefficients constants, on a :

 

, facteur de profit unitaire.

 

 

L’avantage de cette présentation est que le calcul devient indépendant de Ni. l’inconvénient est celui de la perte d’un taux de profit global. Celui-ci en fait est fonction de Ni. le résultat, si l’on veut conserver l’hypothèse d’un taux de profit égal, est soit de faire descendre tK avec Ni, soit de faire croître le taux de profit moyen lorsque croît la part informationnelle de la valeur.

 

Dans ce cas, il se peut que la croissance soit divergente, c’est-à-dire que le capital se libère des productions non rentables pour aller vers celles à rentabilité élevée, et n’hésite pas pour cela à licencier en production pour investir massivement en information (notamment informatique), sans que cela fasse décroître le taux de profit, tant que les produits s’écoulent. La croissance des bénéfices des entreprises licencieuses pourrait ainsi trouver une explication théorique.

 

 

V.4     La part fictionnelle

Temps de travail réel, temps de travail imaginationnel, la valeur quelle que soit sa forme a une origine dans le travail qu’il vienne de la main ou du cerveau, et ce travail fournit une quantité d’information et/ou une qualité d’information.

 

Mais qu’en est-il de cette part irrationnelle de la valeur finale d’un produit ? celle qui fait préférer pour le même objet telle marque que tous recherchent plutôt qu’une inconnue dont le produit pourra être meilleur ?

 

Il s’agit de l’aspect social, de reconnaissance, de la valeur, qui n’est due à aucun travail sur le produit lui-même : il ne recèle aucune valeur particulière ni d’information, ni de transformation.

 

Il s’agit là d’un troisième type, qui est une pseudo-valeur fictionnelle,  qui n’est qu’un fantasme transformé en profit.

 

Là, tout est possible, et c’est aussi une source de profit colossale, dans la mesure où elle ne repose sur rien, hormis de la manipulation bien orchestrée. Elle peut aussi être source de perte, tant elle reste immaîtrisable, pour le capitaliste même.

 

Son calcul ne fait pas partie de cet article, tant peut être complexe l’être humain dans sa part irrationnelle. C’est un facteur qui s’ajoute, ou se retranche, aux autres, mais ne met pas en cause la théorie elle-même. Il faudrait aller profondément dans l’analyse, afin d’y retrouver au fond les traces d’une autre sorte de travail (marketing ?), mais dont le mécanisme est probablement très flou (encore que les entreprises essaient de le maîtriser par des techniques plus ou moins douteuses).

 

                                                                                                             

 

VI.     Conclusion

La classe dirigeante a trouvé, semble-t-il, une parade à la baisse tendancielle du taux de profit, en incluant dans la valeur l’information issue du travail  humain. Elle a étendu par là sa capacité à exploiter le travail. Elle a étendu la sphère de ceux qui sont réellement ou potentiellement exploités, créant une machine à diminuer le nombre de ceux dont elle a besoin pour créer du profit, en exploitant le processus d’exclusion lui-même.

 

Ces transformations imposées par les classes dirigeantes des entreprises internationales, il nous revient d’en comprendre le sens, la portée, l’étendue, et les risques que cela implique. Il nous appartient de comprendre comment un processus massif d’exclusion peut être concomitant d’une augmentation du taux de profit, de dégager les nouveaux mécanismes capitalistiques, afin d’en combattre les nuisances.

 

Au-delà de l’aspect théorique de la transformation de la valeur, c’est la prise de conscience du phénomène en cours qui peut modifier fondamentalement les rapports de force actuellement plutôt en faveur des ultralibéraux.

 

 

 

                                    

 

 

 


ANNEXE

 

Nous présentons ici un premier essai de simulation avec les nouvelles formules. Il ne s’agit que d’un ébauche dans la mesure où aucun recalage quantitatif n’a été effectué sur des exemples réels. Ce n’est donc donné qu’à titre indicatif de ce qui pourrait être fait.

 

Voici un exemple de ce que l’on peut obtenir. Ce qui me semble clair, c’est la montée du taux de survaleur différée avec la baisse du nombre d’employés, que ce soit de vente, de conception, ou de production.

 

 

L’exemple suivant montre une influence décroissante du nombre des employés sur le taux. L’inconvénient majeur est un effet de lissage par la somme à mesure du développement. Ce qui peut s’appliquer au cas précédent semble ne plus s’appliquer aux cas de production.

 

 

                                    

 

 

 



[a] Plutôt qu’imaginaire, dans la mesure où imaginaire peut s’associer à une part de pseudo-valeur liée à aucun travail de base, mais à des sentiments de confiance, etc. qui est celle des mouvements aléatoires et irrationnels de la bourse spéculative, par exemple, où des entreprises déficitaires peuvent être surcotées du fait d’une mode.

[b] La publicité peut évidemment être incluse dans la production d’information, donc être intégrée dans la survaleur différée.



[1]      Karl Marx, Le capital, Livre I,  Chapitre premier.

[2]      Ibid., Livre I,  Chapitre premier.

[3]      Ibid., Livre I, chapitre 9.

[4]      Ibid., Livre III, chapitre 3.

[5]      Samir Amin, le déveploppement inégal, Editions de minuit.